05 février 2011

Colbert Portrait 2011


My interpretation of Stephen Colbert annual fireplace portrait 2011 (see gallery here) The one-man allegory of American news media of the 21st century. Democracy on one hand, brainwashing on the other, and support to foreign totalitarian regimes in the back.

Related:

03 février 2011

Forgotten Obsolete English Words #5: Obituary


"Obituary is when celebrating an artist was already too late"
Jean-Luq Godard, apocryphal and posthumous citation

26 janvier 2011

Loyauté première de la pensée (Nietzsche)

"Ne jamais réprimer, ni te taire à toi-même, une objection que l'on peut faire à ta pensée. Fais-en le vœux. Cela fait partie de la loyauté première de la pensée. Tu dois chaque jour mener aussi campagne contre toi-même."
Aurore, 1881, Nietzsche

Akira Kurosawa (Tesson)



Conférence "Qui êtes-vous Akira Kurosawa?" de Charles Tesson
à la Cinémathèque Française (12 Jan 2011) 1h19'

24 janvier 2011

Independencia capitulada (éthique fallacieuse)

J'ai bien peur que nos petits mutins de la sécession Cahiers ne soient plus convaincants à propos des règles déontologiques de la profession de critique de cinéma, que ne l'étaient Jean-Michel Frodon ou Chris Fujiwara  : Critique, éthique, notes pour un manifeste (Independencia, 6 janvier 2011)

"Par un étrange effet dialectique, le conflit d’intérêts accroît le pouvoir du Journaliste en tant que personne en même temps qu'il discrédite la profession dans son ensemble."
Et oui, encore une histoire de conflit d’intérêts. Cette fois, au moins, ils ne l'oublient pas. Mais après un long historique, ils essaient tout de même d'inverser, par un étrange effet sophiste, la morale en concluant que le conflit d'intérêt est, en gros, nécessaire à l'activité critique... Étonnant, non? Comble d'immoralisme, les voilà qui terminent en faisant un peu d'auto-publicité pour la page "boutique" de leur site, qui vendra bientôt des T-shirt "Independencia". L'indépendence d'esprit capitule aux lois du capitalisme. Quelle leçon! A l'instar de la Russie soviétique et de la République Populaire de Chine, ils célèbrent en fin de compte les joies du capitalisme.

A quoi bon faire la révolution, se séparer d'un journal qui se vend à la corporation d'édition la plus offrante, fonder un nouveau hâvre de paix pour le cinéma "indépendent", affirmer une liberté de pensée... si c'est pour nous tenir aujourd'hui un discours pronant les vertues de l'asservissement capitaliste et de la complaisance a-critique? Je suis atterré. Les véritables révolutionnaires sont ceux qui s'accrochent jusqu'au bout, pas ceux qui crient fort un coup et qui se rangent dans le rang pour faire comme tout le monde, parce que bon, il faut manger, et que plus de recettes c'est mieux que moins de pognon.

"Jamais le pouvoir de certaines signatures et figures n'a été aussi grand. Jamais en revanche la critique n'a été autant discréditée auprès des spectateurs. Il suffit de discuter avec les programmateurs : Ils vous diront que plus les articles sont longs et enthousiastes, plus la queue devant les salles est courte." 
N'importe quoi. Bazin racontait déjà la même chose en 1958. Ce problème n'est pas celui de la conjoncture actuelle, ni celle de la critique de cinéma... c'est dans la nature des choses. Il s'agit de l'éternel fossé entre l'élite culturelle et la masse des consommateurs. Qu'on le veuille ou non, ce phénomène de friction entre la minorité qui se sent persécutée et la majorité qui rejettent les experts, qu'il soit réel ou fantasmatique, a toujours existé, et existera toujours. Quand bien même nous arriverions à fondre les uns dans les autres, cette nouvelle majorité consensuelle se trouvera de nouveaux ennemis plus radicaux qui revendiqueront leur opinion minoritaire. C'est une affaire de point de vue.  Ça dépend du côté de la barrière d'où l'on se place. Ca dépend du côté de la barrière où l'on croit être. L'élite des uns sera le populiste des autres.
Moraliser, gloser, solutionner cette réalité revient à se battre contre des moulins à vent.

Et puis, surtout, ça dépend des films en question, des publics considérés, de l'époque de publication, du pays concerné... Tout change selon la perspective. On ne peut pas décider de façon définitive, quels sont les perdants et quels sont les vaincqueurs, à quelle échéance, et pour combien de temps. Il suffit de regarder l'évolution des jugements de goût dans l'histoire culturelle. 

Est-ce que le journalisme de cinéma "attirent" assez de gens dans les salles? Est-ce qu'une critique "rapporte" suffisemment au producteur du film? Est-ce que un film à succès donne du "pouvoir" au critique qui dit du bien? Est-ce que le consommateur de base fait une confiance aveugle aux intellectuels qui dissèquent son spectacle? 
Franchement, on s'en fout! Ce sont des considérations purement mercantiles et narcissiques qui n'offrent que des satisfactions matérielles et éphémères. Ce n'est pas ça qui compte pour juger de la probité et la nécessité de l'exercice de la critique. 

Bien sûr que c'est mieux si un bon film rencontre le plus large public, si il gagne le plus d'argent possible pour pouvoir continuer à produire d'aussi bon films dans le futur. Mais ça ne devrait pas être le soucis principal du critique, malgré cette compromission de la discipline qui s'étale dans la presse. Les journalistes de cinéma se rêvent bonne fée toute puissante qui fait et défait les carrières selon ses goûts... et ils oublient d'être CRITIQUES.
A une critique efficace qui fait plaisir à une majorité de spectateurs, je préfère une critique honnête que personne n'écoute. Si les films ont besoin de mensonges complaisant pour faire des entrées, qu'ils aillent en chercher ailleurs. 
Un bon film n'a besoin que de visibilité. Visibilité sur les écrans, évidemment. Visibilité dans les médias pour alerter le public. Et après, si le public n'est pas au rendez-vous, c'est le problème de distributeur, ou celui de la paresse des spectateurs. Contrairement à ce que croient les producteurs, on ne peut pas forcer les gens à payer pour un truc qu'ils n'ont pas envie de voir (que les raisons soient bonnes ou mauvaises). 


Cette article commence en parlant de la position déontologique exemplaire :
"Dans le milieu du Journalisme, on évoque souvent l'exemple des grands quotidiens américains, où lorsqu'un chroniqueur connaît personnellement l'auteur d'un livre, par exemple, II demande à un collègue d'écrire à sa place. Il s'agit d'un principe idéal, et l'on peut douter qu'il soit systématiquement appliqué."
et se débrouille pour discréditer le fondement étique de cette règle pour réinstituer son antithèse :
"Il n'en va pas de même dans la critique. Celle-ci a une longue histoire de « copinages »"
Et c'est bien pour cette raison que la critique cinéma ne bénéficie pas de l'aura et la crédibilité de la critique littéraire ou du grand reportage! 
Oublions l'existence des pages glacées de la presse de cinéma glamour. Nous nous en tiendrons aux publications sérieuses de la presse spécialisée, et des grand quotidiens qui ont une certaine réputation dans les milieux cinéphiles. Comment voulez-vous qu'une presse cinéma aie la moindre crédibilité quand il est possible de lire, chaque semaine, un avis et son exact contraire, affirmé avec la plus solennelle autorité? Comment est-ce qu'un film peut être un chef d'œuvre et une merde, selon la publication que l'on consulte? Non, la presse de cinéma n'a aucune crédibilité dans le domaine de la critique d'art. 
La belle histoire de la critique cinématographique n'est pas celle des journaux dans lesquels on a pu la lire... C'est l'accumulation de beaux articles, écrits par de grands critiques, des penseurs du cinéma. Mais ce n'est pas "l'histoire des copinages" qui en garantie l'intégrité. Même dans le cas des Jeunes Turcs! Ils ont eu la chance, si l'on peut dire, d'être perspicaces et talentueux. Donc on leur pardonne les quelques erreurs de complaisance (qui pour la plupart ne mentaient pas). Leur complaisance a eu le bon goût de choisir de très grands cinéastes, qui ne déméritent pas aujourd'hui. Donc on ne peut pas leur en vouloir a posteriori. Mais il serait bien malhonnète de prétendre que n'importe qui peut afficher une complaisance sans vergogne, pour faire comme Truffaut, Godard, Rivette ou Rohmer... Quelle naïveté! Si vous tenez à imiter ces modèles, imitez leur justesse et non leur complaisance!

Le "socle prestigieux" de la Politique des Auteurs n'était point la complaisance érigée en règle, mais l'intuition de s'accoquiner avec des maîtres historiques du cinéma comme Hitchcock, Hawks, Ford ou Renoir... sans parler de la bande de la Nouvelle Vague. Ils avaient raison de s'admirer l'un l'autre, puisqu'ils ont produit parmis les films les meilleurs de l'époque. La complaisance devient problèmatique lorsque le critique met son jugement critique en berne, et encense de mauvais films à des fins de profits personnels. S'accoquiner avec de mauvais réalisateurs et leur donner une bonne note par charité ne fait pas de la complaisance une vertu.

"Le rapport entre économie du cinéma et critique est, pour ainsi dire, structurel. Et seulement en deuxième instance, idéologique."
Apparement le monde du cinéma est tout petit... On retrouve les mêmes personnes du côté de la production et de la critique, auteur de films ou journaliste de cinéma, producteur ou membre de la commission d'avance sur recette. Le problème c'est la mobilité des emplois et l'interdisciplinarité des CV. On le constate dans tous les secteurs. On ne conserve plus un seul job à vie, et les frontières entre formations se recoupent. Cela ne devient problématique que lors du cumul éventuel de casquettes. 
Il est tout à fait concevable qu'une personne débute sa carrière dans la critique, puis quitte le journalisme pour se mettre à faire des films, puis utilise son savoir faire pour produire les films des autres et enfin que son expérience dans le métier soit reconnue pour présider une commission. Sans être aussi linéaire que cela, il suffit d'éviter les cas de conflits d'intéret en se désistant si le lundi on est juge et mardi parti. 
Est-ce qu'un critique est capable de se sentir suffisemment responsable pour refuser un cachet si la pige ou la mission compromet l'intégrité de sa tâche? Un critique devrait être plus à même qu'aucun autre de déceler ces paradoxes, et faire montre de la force d'esprit pour résister à la tentation du gain à portée de main.

Evidemment, sans étique la vie serait tellement plus facile! Mais si c'est la vie facile qui vous intéresse, il faut choisir une autre voie que celle de garant des valeurs critiques. Il y a plein d'autres métiers où le conflit d'intérêt est la pierre d'angle de la réussite : publiciste, tradeur, assureur, banquier, avocat, politicien...

"L'autonomie que le mot - Indépendance » suggère ne devrait pas s'entendre dans le sens d'un isolement. L'Indépendance se réalise dans le monde objectif, constitué de rapports effectifs."
En somme, les rédacteurs d'Independencia voudraient nous faire avaler que quand il s'agit d'eux, le conflit d'intérêt c'est positif; que pour ménager cette poche "d'indépendence" dans la presse cinématographique, ce n'est pas grave si ils ne sont pas si indépendent que ça. "Independencia" c'est pour le marketing... ça les oblige pas à être intègre quand même! mdr

"Independencia a soutenu certains films de la « marge ». Deux exemples. Commissariat d'Ilan Klipper et Virgil Vernier, et De son appartement de Jean-Claude Rousseau. Deux débats étaient prévus, en notre présence, un à Tremblay, l'autre dans une salle du Quartier Latin. Faute d'entrées, les deux séances ont été déprogrammées à une semaine du rendez-vous. Il s'agit pourtant de films sélectionnés dans des festivals importants partout dans le monde, où ils ont reçu des prix. Il y a peut-être un manque de communication. Ou bien les festivals aussi ont perdu du crédit auprès du public."
Ou bien, troisième hypothèse, Independencia a mal fait son boulot.
Je ne vois pas l'intérêt de ces anecdotes qui renforcent plus l'idée que le rôle double du groupe producteur-editeur "Independencia" est contraire aux principes de "l'autonomie économique et rédactionnelle". Soit. Dans ce cas précis, en aparte, il semblerait que la main tendue d'Independencia fut pensée par ces critiques comme un échec programmé. Pour aider le bouche-à-oreille autour d'un petit film (qui sera vraissemblablement sorti dans un nombre limité de salles) il faut appâter le public en amont! Au plus tard, le jour même de la sortie... Croire qu'une "rencontre" deux semaines après la sortie soit d'une aide quelconque (quand la relance à l'affiche est décidée par les distributeurs à la suite des deux premières séances du mercredi matin!) relève d'une candeur totalement irresponsable! Il faut plus qu'un prix au FID de Marseille pour se payer la certitude de rester plus de deux semaines à l'affiche! Même à Paris. Pour des gars qui sont à la fois critiques et producteurs et distributeurs, je trouve ce genre d'attitude à la limite de l'inconscience...

"faire cohabiter indépendance et interdépendance."
C'est ici qu'ils veulent en venir avec ce joli laïus sur la déontologie!

"Independencia a entamé son existence en pratiquant une critique agressive et moraliste. Les lignes fondamentales de cette politique exprimaient dans notre premier éditorial et dans plusieurs textes plus ou moins polémiques vis à vis du cinéma d'auteur (Mia Hansen-Love, Olivier Assayas, Abbas Kiarostami...), des revues qui ont hérité et perpétuent la tradition des anciens Cahiers (Les Inrockuptibles, Libération et les Cahiers du cinéma), des festivals grands et petits (Cannes, Rome, vienne, Brive, La Roche-sur-Yon), et de certains cas particuliers voire, anecdotiques, de copinage. Reprenant une expression tirée de I'histoire, on pourrait appeler cette politique : 'critique de guerre' "
Effectivement, donner un 10/10 à Godard et un 0/10 à Kiarostami à Cannes 2010 fait preuve d'une grande maturité critique! On se croirait à l'Ecole des Fans... Ce n'est ni la guerre ni la morale, c'est un agitprop sensationaliste et prosélyte. Il ne suffit pas de taper sur les grands noms à tord et à travers pour se faire une réputation de rebel. La subjectivité et la complaisance des Cahiers jaunes, ça vous l'avez intégré... mais le talent reste à inventer!

Le temps est venu de passer à autre chose. Une 'intervention' récente (la numéro 10) annonce la volonté de fabriquer, dans un esprit d'artisanat, des objets divers. Dans un premier temps, l'édition papier et électronique de livres - ce qui constitue une extension naturelle et somme toute classique du travail d'une revue. Dans un second, la production et la distribution de films réalisés par des cinéastes que nous avons envie d'aider au-delà de l'écrit - ce qui est en revanche moins orthodoxe pour une revue. Moins orthodoxe, certes, mais répondant à une traduction actuelle de l'idée, certes ancienne, du critique passeur de films. Dans la pratique, cet engagement supplémentaire, ce militantisme de la critique occupant le domaine propre à la fabrication du cinéma comporte en revanche tout un tas de courts-circuits qui sont loin d'être innocents. L'urgence, lorsqu'on s'apprête à étendre le cercle de nos activités, est de définir clairement des bases éthiques. D'où la nécessité de proposer clairement une Nouvelle politique critique. Il s'agit de trouver un principe qui convienne à la réalité de toutes les activités entreprises, et qui puisse jouer un rôle régulateur dans l'interdépendance qui règne d'ores et déjà dans le monde du cinéma."
S'auto-publier est déjà un cercle vicieux où l'impératif de convaincre un éditeur de la valeur d'un texte disparaît complètement lorsqu'on publie pour écrire, au lieu d'écrire pour être publié. Mais passons, la connivence écriture-publication est une prérogative de la revue autonome.
La promiscuité critique-production est beaucoup plus vicieuse! Il ne s'agit pas de pervertir l'éthique afin que cette pratique devienne vertueuse... Ce conflit d'intérêt-là EST exactement le contraire absolu de la probité critique! Emmanuel Burdeau rêvait déjà en 2008 devenir juge et parti en toute impunité. Les éditions Capricci font la même chose, en publiant des livres exégètes dithyrambiques, et désormais une revue annuelle, sur les films qu'ils distribuent eux-même! C'est du marketing, de l'autopromotion, non sans intérêt, mais ça n'est pas un regard critique. 
Quant à la marchandisation de la revue, comme une vulgaire franchise Disney, on s'en tappe! Ca n'est pas un conflit d'intérêt pour la mission critique, c'est juste ridicule pour un groupuscule qui essaie de faire croire à une certaine "indépendence", "autonomie", et par dessus tout, une idéologie "marxiste" d'opérette pour BoBo. Alors c'est plus la peine de surfer sur des slogans révolutionnaire, anti-establishment, et d'indépendence.

Si vous souhaitez instituer un manifeste amoral, soit, mais ne prétendez pas que c'est une pratique "éthique".
Independencia n'aura pas duré 2 ans. La capitulation au capitalisme a déjà gagné!


Lire aussi :

20 janvier 2011

Eisenstein (Bouquet)



Conférence "Qui êtes-vous... Sergeï M. Eisenstein?" de Stéphane Bouquet
à la Cinémathèque Française (13 Jan 2011) 1h38' 

17 janvier 2011

Fétichisme hypermoderne (Wajcman)


Conférence de Gérard Wajcman : "Du fétichisme hypermoderne" 
le 17 novembre 2010 à la Cinémathèque Française 1h19'

16 janvier 2011

Cost Control Fail

What project can you produce with 3 million dollars?

Buried (2010/Rodrigo Cortés/ES/USA/FR)  estimated budget : $3 million
a 95 minutes long huis-clos, with a single actor (not even of B-list fame), 2 additional actors (for the 30 sec long cell-phone video), and a couple of voice actors (for the offscreen phone conversations), filmed entirely in a wooden box, little props (cellphone, lighter, knife, flash-light), one snake, and sand. That's all of it. You can film that in a couple of days.

or

Mistérios de Lisboa (2009/Raoul Ruiz/Portugal) estimated budget : €2 million (=$2.7 million)
a 6h long epic period drama TV mini-series (4h26 for the theatrical cut), with ensemble cast (over 60 actors), speaking in 4 different languages, shot in a couple of dozen locations (story spreading across 4 countries), plenty expensive costumes, XIXth century weapons, horses... Probably a couple of months of shooting.

while

Robin Hood (2010/Ridley Scott/USA) estimated budget = $210 million
it costs over 200 million dollar (70 times more!) to film another remake of Robin Hood, with a couple of A-list stars and lots of horses and extras. The price of 70 "three million dollar" films, such as the ones cited above. Does it worth it? It's not a CGI animation, nor a 3D movie. Hollywood really sucks at The Price Is Right.

15 janvier 2011

Without Festivals

Let's take a look at the 2010 Best Of lists and figure out where did premiere the films elected :
  • Cannes = 28 (21 from 2010; 7 from 2009)
  • Berlinale = 8 (5 from 2010; 3 from 2009)
  • Venice = 6 (4  from  2010; 2 from 2009)
  • Sundance = 4
  • NYFF = 4
  • TIFF = 1
  • Locarno = 1
  • Tribeca = 1
  • Taormina = 1
  • Film Press' own discoveries = 0
From 5 top10s from the English specialised press (Sight and Sound [top12], Film Comment, Cinema Scope, indieWIRE, LA Weekly) for the best (released) films of 2010.

Look at that. Who would think that Cannes is as lame as the press says it is every year? Who would dare to suggest that festivals don't do their job? Not the critics who voted in these polls, right?
Wow. I wonder what the press establishment would do without Film Festivals...

The English and American press believes that international film festivals are useless (see here or here or Dekalog3: On Film Festivals, 2009). We heard a lot of whiny complaints last year about how festival programmers suck, how "festival films" are self-indulgent, how critics are so much better than this circus... Well. As it turns out, it seems that the pretentious film critics ultimately rely on the line up of major film festivals when they reveal their favourites of the year.

How many films did they discover on their own, before the festival scouts could pick them up for their "commercial" line up?
Zero. Not a single film in these Top10 best of lists (even if you go past the 10 first films on the list!).
After all the trash talk on festivals, I kind of expected these loud mouths to come up with at least a few films that were NOT first screened by one of the lambasted festivals...

And this is not even an objective consensus established internationally (nor the films that I consider to be the best), these are lists they wrote themselves. These are the films they think are the best! And where did they get to watch them first? You guessed it, at the festivals!
They could have intentionally ignored all "festival films" and put greater films that slipped under the radar, just to prove their point. No. Apparently they aren't that smart. Even when they are asked to name their personal favourites, they still pick "festival films"! The very films they ridicule at the end of a sleepless festival marathon. It doesn't make sense! Where are the BETTER films that are rejected by "commercial" festivals??? Where the fuck are they?

I'd like to see these critics make a better job than what festivals do. I'd like to see critics stop reviewing whatever the commercial industry decides to distribute officially, and roam around the globe on their own to find the gems that the major festivals don't show us every year. Find them and write about them BEFORE their international premiere in a festival. Prove your taste is less of a sell out than what your presumptuous accusations suggest, while you sit pretty in your festival seat waiting for the goodies to come to you on a platter. When will critics be the first to reveal to the world the unknown talents of world cinema?

Also we'll ignore the fact that Uncle Boonmee (a film that tops most other lists) is nowhere to be seen on the indieWIRE nor the LA Weekly poll. Not on the undistributed films list addendum either! While Film Socialisme is on both lists (released films + undistributed films) for the indieWIRE voters... because these listmaniacs don't know how to tabulate an "either/or" list. Where did they learn how to stuff ballots??? I wonder...
Let's also ignore the fact they think The Social Network, The Ghost Writer and Black Swan are "visionaries, risk-takers, misfits, mavericks", the most creative, the most inspiring, the most enlightening this year.

This is quite amusing. A list tells us more about the taste of the people who make them, about what is released commercially in their country, and about their ability to answer to a poll, than about the objective greatness of today's cinema. And the more they make lists, the more obvious all this becomes.


Just remember this next time you think you have something clever to write about how festivals function in today's economy...



Related:

22 décembre 2010

Tokyo Monogatari (Tesson)

Servitude narcissique de l'écrivain (Frodon)

A quoi sert la critique de cinéma?
Jean-Michel Frodon (Slate) 18 Nov 2010


Frodon commence par un calembour, en substituant un verbe transitif direct (servir quelqu'un) au verbe transitif indirect (servir à quoi?) de la question posée... Petite pirouette sophiste pour faire glisser subrebticement le débat académique attendu (du titre de l'article) sur une tangente plus polémique (qui ne répond pas à la question du titre). Il nous prévient qu'il va prendre un détour, mais se garde bien de préciser à la fin de sa boucle, qu'il n'a pas vraiment décrit un contexte complet propice à la résolution du questionnement.

"La critique est requise de servir quatre maîtres différents, qui tous veulent lui imposer ses règles. Alors que sa raison d’être est ailleurs. [..]

  1. les marchands (publicité du pauvre)
  2. les organisateurs de loisir (service, guide du consommateur)
  3. les journalistes (symptôme de l'inconscient sociétal)
  4. les professeurs (cours d'histoire du cinéma)

[..] Ces quatre utilisations fort différentes de la critique ont en commun d’ignorer la particularité de ce dont on parle : un film. Un film est bien sûr aussi ce à quoi les réduisent ces différents maîtres, il est un produit qui cherche à se vendre, un service de loisir susceptible d’être évalué, un document qui évoque des aspects de la réalité, un objet d’étude universitaire. Mais il est encore autre chose, et c’est justement à cet «autre chose» que répond l’activité critique. [..]
La caractéristique d’une œuvre d’art est d’être un objet ouvert (selon l’expression d’Umberto Eco), un objet dont on peut décrire les composants mais dont le résultat excède, et excèdera toujours ce qu’on peut en analyser et en expliquer. [..]" 
Tout ça est bien gentil jusqu'à présent. Rien à redire.
Il présente 4 façons de pervertir le discours sur le cinéma à des fins exogènes (qui ne contribuent qu'indirectement à la culture cinématographique). Il recentre la question sur l'objet lui-même : le film. Je suis d'accord.


Mais il faut le voir venir, et comprendre le pourquoi de son long détour, par Diderot et Baudelaire. En fait, il rapporte une cinquième perversion sans se l'avouer : le narcissisme de l'écrivain. Lequel se rapproche le plus de la perversion journalistique. Si l'écrivain utilise bien le film et non son sujet, il le détourne pareillement pour se donner un prétexte à raconter sa vie, l'expérience du spectateur (érudit). Même s'il entre plus profondément que le spectateur de base dans les entrailles du travail filmique et des intentions de l'auteur, ce discours reste le témoignage d'un observateur égocentrique qui s'imagine que le film a été construit autour de lui, pour lui, et que ses réactions au film sont universelles et partageables avec ses lecteurs, les autres spectateurs potentiels du film.

Frodon s'oppose à "l'explication du mystère", il revendique pleutrement une critique sans résultats analytiques, sans réponses, sans clés... il se ménage sans le dire, un blanc-seing, une immunité critique. Selon lui, le critique peut divaguer à sa guise, inventer tout ce qui lui passe par la tête, rêver avec le film, succomber à ses manipulations dramatiques et ne jamais pouvoir être jugé sur la crédibilité de cette broderie sauvage inspirée du film.

Frodon s'imagine que la critique n'a pas de fonction, ni d'utilité artistique. Il s'octroit la liberté de l'écrivain qui met des mots sur des impressions, au fil du visionnage. Voilà. Chacun ses goûts, chacun son "dialogue sans fin avec l'œuvre", chacun "sa propre vérité", chacun son appropriation narcissique. En clair, il rejette tout standard esthétique universel.

Il va même plus loin, il suggère que le critique (selon sa définition) aide le film à "déployer le mystère", comme si le film ne se suffisait pas à lui même...

Si la critique à un rôle, ce n'est surement pas de servir de béquille au cinéma. Tout film est réalisé clé en main. Ce n'est pas au niveau de sa "consommation", en appportant un complément, avant ou après la projection. Un film existe d'abord sans la critique. La critique vient après, en dehors de la relation première entre le film et son spectateur.

La critique commente, explique, approfondit, analyse, interprète... mais dans un rapport parrallel, facultatif. La critique existe seulement pour les spectateurs qui en ressentent l'intérêt, le besoin ou l'envie. Par exemple, le premier spectateur, l'auteur du film, a un intérêt tout particulier pour le jugement critique des analystes qui remarquent les détails cachés de son travail. D'autres spectateurs, se passeront volontiers de ce genre de scrutations.

"Est-ce à dire que tout film est une œuvre d’art? Bien sûr que non. Mais tout film, quelles que soient ses conditions de production, en contient la promesse, tenue ou non. Dans les faits, un nombre relativement restreint de films sont de véritables œuvres d’art, la plupart cherchent au contraire des objectifs utilitaires, mécaniques, qui asservissent leurs spectateurs à des stratégies qui peuvent être sophistiquées mais qui à la fin visent au contrôle des émotions, des pensées et des comportements. [..]"
Tout à fait.

"Mais ce travail peut être aussi de repérer comment, malgré une visée purement utilitaire et instrumentale, une dimension artistique apparaît dans un film qui ne le cherchait pas : une des grandes beautés du cinéma est d’être capable d’art même quand ceux qui le font n’en ont pas le projet, se contentant pour leur part des autres dimensions du cinéma, le commerce, la distraction et le document."
Cela revient à rechercher la valeur artistique d'un yaourt dans la pile de mille... Est-ce que l'un d'entre eux devient "art" sans que la chaîne de production ne l'ai prévu en amont? Non. J'en doute fort.

Ce n'est pas plus compliqué qu'en littérature ou en peinture : tout un chacun écrit emails et correspondance intime... heureusement, tous ne se réclament pas des écrivains, ni des artistes! Les peintres en bâtiment utilisent la même peinture et pourtant ne produisent pas des œuvres d'art à longueur de journée. Bizarrement, le bon sens fait bloquage dans le monde du cinéma... Ce n'est pas parce que les modes de productions se ressemblent, qu'un artiste utilise le même équipement technique et la même bande de collaborateurs, qu'un objet de consommation du spectacle aie les mêmes chance de devenir une œuvre d'art (malgré lui).
Beaucoup de réalisateurs fabriquent des films (histoires filmées), peu en font du Cinéma (art).

"En revanche, et ça c’est effectivement nouveau, il y a sur Internet des gens qui, à titre bénévole et non institutionnel, sans appartenir à un média établi, font un véritable travail critique. Ce travail requiert un effort d’écriture et de pensée, et c’est une excellente chose que l’accès à l’activité critique ait ainsi pu se démocratiser – à condition de ne pas tout confondre cette activité là avec l’immense masse de paroles spontanées."
Sa conclusion sur internet est un peu courte, et d'une banalité affligeante... Si les modalités pratiques de la critique évoluent, c'était sur cet angle qu'il fallait développer une réflexion, et non sur la nécessité d'une écriture narcissique dans le travail de la critique.

18 décembre 2010

Imposture 4

Godard par Badiou
Projection Privée (France Culture) 18 Déc 2010, [MP3] 1h :

Alain Badiou : [..] la Nouvelle Vague a fonctionné comme si elle était une Avant Garde. Ce que, après coup, on voit bien qu'elle n'était pas, d'une certaine manière, parce qu'elle avait repris beaucoup des traits de ce qu'elle critiquait, comme on le fait toujours, mais sur le moment-même on ne s'en aperçoit pas.


Michel Ciment : Le héros de notre temps, pour vous, c'est Godard. [..] D'ailleurs Godard vous a invité dans son dernier film - Film Socialisme. Avec Godard, il faut toujours se méfier des hommages parce que vous faites un cours sur Husserl et la géométrie, mais la salle est vide. Vous avez moins d'auditeurs que vous en aurez avec cette émission de Projection Privée. Vous avez quelques centaines de milliers d'auditeurs, que Godard vous réserve des fauteuils vides. Chez Godard les coups de chapeau ne sont jamais sans quelques perfidies... [..]


Alain Badiou : Oui, je pense que Godard est une sorte de compagnon lointain. Je l'appellerais comme ça. Les séquences successives de son existence artistique coïncident de très près avec ma propre existence. Cinéphilie enragée, avec une volonté de rupture avec un certain régime du cinéma français. Avant-gardisme politique, avec tentative d'une nouvelle synthèse dans les années 80. Méditation sur l'histoire du cinéma. Tout ça je comprends. Je suis bord à bord avec ça. Ça veut pas dire que je suis toujours d'accord avec lui. Par exemple je n'entérine pas la thèse de "la mort du cinéma". Peut-être même que je ne pense pas comme lui que la clé de tout est une certaine "ontologie de l'image". Mais... "compagnon". "Lointain" parce qu'effectivement, Godard c'est pas toujours de premier choix, c'est souvent un peu entortillé. Y'a quelque chose d'une sourde confusion godardienne, qu'on reconnait d'ailleurs, et un empilement des strates de signification, mais qui d'une certaine façon se donnent un peu comme énigmatiques. Et donc je n'en fait pas un éloge... Je ne dirais même pas que c'est le cinéaste que je préfère par exemple. Après tout, pour mettre les pieds dans le plat de mon néo-classicisme indécrottable, en un certain sens, j'ai plus de plaisir à voir les films de Clint Eastwood que les films de Godard. Mais il est mon contemporain. Je comprends, y compris ce que je n'aime pas chez lui. J'en comprends l'origine, la nature et la problématique. Et c'est en ce sens qu'il est comme un film rouge quand même dans mes rapports avec le cinéma. Je le recroise, je le retrouve un peu à tout moment dans ces différentes figures.

S'agissant du film, je vais quand même raconter l'histoire. Parce que Godard avait décidé dès avant qu'il n'y aurait personne à cette conférence. Je l'ai vu 4 ou 5 fois avant le film. Nous avons eu de longues discussions... Enfin, "discussion" est très exagéré, parce qu'on ne discute pas avec Godard, on l'écoute parler et on fait quelques ponctuations. Et je sentais qu'il y avait quelque chose qu'il ne me disait pas. Il m'avait expliqué qu'il y aurait une séquence de travail, une séquence de petit déjeuner et la conférence. Et je me doutais bien que ça serait des ponctuations. Je ne prétendais pas, d'aucune façon, d'être la vedette de ce film de Godard. Mais il y avait quelque chose qu'il ne me disait pas. Alors il me dit "Badiou, voilà, dans la scène de la conférence, je souhaite qu'il n'y aie personne." Alors je dis : "Où est le problème? C'est un film." Alors il m'a dit : "Je ne voudrais pas que ça donne l'impression d'insinuer que lorsque vous parlez il n'y a personne." Je dit : "Mais je sais pertinemment que lorsque je parle il y a des gens... nous sommes dans un film." J'étais tout à fait prévenu de cette chose-là. Donc on voit très bien quand on voit le film que je suis une image solitaire. Il y a la croisière, il y a le bateau, il y a l'univers, dans un certain sens, aliéné, du bateau. Moi je suis là, mais entièrement sans rapport avec qui que ce soit. Les images qu'il a prélevées de moi sont des images de solitude absolue. Je suis donc comme une espèce d'énigme dans cette croisière, dont le sens échappe totalement puisque je fais une conférence mais il n'y a personne. Autrement je suis dans ma cabine, je travaille. J'incarne un des sujets du film c'est, eu égard au carnaval du monde : qu'est-ce que c'est qu'un retrait. C'est un des thèmes important du film. Ce retrait, j'en suis une des images possible.

Je voudrais simplement terminer à propos de Godard, en disant que c'est une histoire héroïque que celle de Godard. C'est une histoire qui mélange de façon tout à fait étrange un goût très calculé de la présence, de l'intervention. Et en même temps, une espèce de sauvagerie susceptible du retrait et de l'absence. Ce mélange a donné cette figure à la fois omniprésente et absente qu'est celle de Godard, que je trouve philosophiquement héroïque, comme ça. 
Lire aussi :

16 décembre 2010

Le Masque (France inter)


Le masque et la plume (france inter) 5 déc 2010 enregistrée le 25 nov - 59'

Emission radio de critique cinéma (plus ou moins bimensuelle depuis 1959) sur France inter, avec Jérome Garcin, Sophie Avon (Sud Ouest), Alain Riou (Nouvel Obs), Xavier Leherpeur (Studio-CinéLive), Pierre Murat (Télérama), exceptionellement retransmise en directe sur internet (DailyMotion).

Les sorties de la semaine :
  • Inside Job (Charles Ferguson/USA) DOC
  • No et moi (Zabou Breitman/France)
  • L’empire du milieu sud (Jacques Perrin/France) DOC
  • Outrage (Takeshi Kitano/Japon)
  • Le nom des gens (Michel Leclerc/France)
  • My Joy (Serguei Loznitsa/Russie)

08 décembre 2010

Complaisance pour films "mineurs" (Deleuze, Guattari, Cahiers)

La même rengaine...

Une Amérique mineure : on a lâché le terme face à la sélection US du festival de Cannes [2007] - Zodiac, de Fincher, Boulevard de la mort, de Tarantino, No Country for Old Men, des frères Coen, Paranoid Park, de Gus Van Sant. C’était du bricolage de Croisette (cf. Cahiers n° 624). On s’est depuis demandé si ça tenait la route, cette migration du concept que Gilles Deleuze et Félix Guattari formalisèrent dans leur Kafka, pour une littérature mineure (Minuit, 1975). Pas mieux pour le moment. Ça reste du bricolage, mais ça colle, ça se ramifie avec d’autres films américains récents, de Cronenberg à Shyamalan, de Friedkin à Scorsese. [..] Pour part, cela recoupe la vieille question du maniérisme, sur laquelle reviennent régulièrement les Cahiers : est-ce qu’on en est sorti ou est-ce qu’il a juste changé de forme ? [..]
Nullement une « langue mineure », mais celle « qu’une minorité fait dans une langue majeure » (et pourquoi pas les codes hollywoodiens - est-ce si loin de la définition classique de l’auteur ?). [..]
Particularisation et atterrissage de l’Amérique-cinéma : le mouvement des minor movies éclairent du coup une question connexe, celle du maniérisme. Pétris de références, ces films ne cessent pourtant de les ramener à une échelle locale, quand le maniérisme des années 1980-1990 avait précisément tendance à les déployer, ne localisait pas mais globalisait, du cinéma à l’Amérique, de l’Amérique au monde, du monde au cosmos. [..] Le cinéma mineur croit plutôt à la compression et aux branchements microscopiques. 
Minor movies, Hervé Aubron, Cahiers du cinéma, n°625, juillet 2007



* * *



Nous rencontrons aujourd’hui des cinéastes plus jeunes, nés au milieu des années 70, qui ont grandi dans les années 80 (une mythologie souvent présente dans leurs films), et qui ont tendance à se débarrasser des repères des années 60.  [..] L’idée n’est pas de faire un recensement de tous ceux qui feront le cinéma français, mais d’interroger ceux qui prennent le plus de liberté avec la tradition. Ceux qui se jettent à l’eau franchement sans avoir peur de déplaire ou de mal faire. [..] La question de la diversité du cinéma français est souvent posée de manière trop étroite : comme si au cinéma d’auteur traditionnel ne pouvait s’opposer qu’un cinéma de « genre » (policier, teen movie, fantastique), ce qui nous vaut des pastiches vains des grands Américains [..] Cette détermination est peut-être le propre d’une génération moins embarrassée par le modèle des grands anciens. [..] Qu’est-ce qui fait qu’en certains endroits, comme en Roumanie dans les années 2000, une génération soudain s’affirme et littéralement prend le pouvoir ? Ce désir de mettre en lumière ces tentatives, de les « pousser », vient aussi d’un constat alarmant : ces derniers temps, les films les plus libres, les plus nouveaux, ont été réalisés par des cinéastes plus tout jeunes (Coppola, Oliveira, Eastwood ; en France : Resnais, Godard, Varda). Bien sûr les vieux maîtres ont toujours brillé par leur liberté d’esprit, à toutes les époques. Mais aujourd’hui, à part le phare Apichatpong Weerasethakul, il y a peu d’exemples de cinéastes réalisant des chefs d’oeuvre à moins de quarante ans. Beaucoup d’oasis glorieux semblent taris : le Japon, la Corée, même Hollywood, qui tourne toujours sur les mêmes noms. Il faut donc être attentif aux frémissements, ici ou ailleurs, pour que des jeunes cinéastes un peu fous aient leur chance de changer la donne.
Stéphane Delorme, éditorial, Cahiers du cinéma, n°661, déc 2010



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... et l'original :

Tantôt le cinéaste du tiers-monde se trouve devant un public souvent analphabète, abreuvé de series américaines, égyptiennes ou indiennes, films de karaté, et c'est par là qu'il faut passer, c'est cette matière qu'il faut travailler, pour en extraire les éléments d'un peuple qui manque encore (Lino Brocka). Tantôt le cinéaste de minorité se trouve dans l'impasse décrite par Kafka : impossibilité de ne pas "écrire", impossibilité d'écrire dans la langue dominante, impossibilité d'écrire autrement [..] Il faut que l'art, particulièrement l'art cinématographique, participe à cette tâche : non pas s'adresser à un peuple supposé, déjà là, mais contribuer à l'invention d'un peuple. Au moment où le maître, le colonisateur proclament " il n'y a jamais eu de peuple ici ", le peuple qui manque est un devenir, il s'invente, dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer.
Gilles Deleuze, L'image-temps, 1988




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07 décembre 2010

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