Cours de cinéma: "(Quelque chose d')Alice" de Jan Švankmajer
par Jacques Kermabon, 29 Oct 2010 (forumdesimages) 59'
Traduction française tirée du blog de la Cinémathèque Française
Plaidoyer de Jafar Panahi devant ses juges
Ce témoignage m’a été transmis par un journaliste : c’est le plaidoyer prononcé par Jafar Panahi devant ses juges, il y a une dizaine de jours, alors qu’il passait en procès à Téhéran. D’une grande dignité et d’un courage inouï, ce texte mérite d’être porté à la connaissance de tous. Je vous invite non seulement à le lire, mais à le faire lire à tous ceux autour de vous épris de liberté et qui aiment le cinéma. Tout ce que dit Jafar Panahi, avec justesse et modération, tend à prouver que ce procès n’a absolument pas lieu d’être.
Serge Toubiana
« Votre honneur, Monsieur le Juge, permettez-moi de présenter mon plaidoyer en deux parties distinctes.
Première partie : Ce qu’on dit.
Ces derniers jours, j’ai revu plusieurs de mes films favoris de l’histoire du cinéma, malgré le fait qu’une grande partie de ma collection ait été confisquée durant le raid qui a eu lieu dans la nuit du 19 février 2009 à mon domicile. En fait, Monsieur Rassoulof et moi-même étions en train de tourner un film du genre social et artistique, quand les forces qui proclamaient faire partie du ministère de la Sécurité, sans présenter aucun mandat officiel, nous ont arrêtés ainsi que tous nos collaborateurs, et du même coup confisqué tous mes films, qu’ils ne m’ont jamais restitués par la suite. Par la suite, la seule allusion jamais faite à ces films était celle du Juge d’instruction du dossier : « Pourquoi cette collection de films obscènes ? »
J’aimerais préciser que j’ai appris mon métier de cinéaste en m’inspirant de ces mêmes films que le juge appelait « obscènes ». Et, croyez-moi, je n’arrive pas à comprendre comment un tel adjectif peut-il être attribué à des films pareils, comme je n’arrive pas à comprendre comment on peut appeler « délit criminel » l’activité pour laquelle on veut me juger aujourd’hui. On me juge, en fait, pour un film dont moins d’un tiers était tourné au moment de mon arrestation. Vous connaissez certainement l’expression qui dit : ne dire que la moitie de la phrase : « il n’y a point de Dieu que dieu le grand » est synonyme de blasphème. Alors, comment peut-on juger d’un film avant qu’il soit même fini ?
Je n’arrive à comprendre ni l’obscénité des films de l’Histoire du cinéma, ni mon chef d’accusation. Nous juger serait juger l’ensemble du cinéma engagé, social et humanitaire iranien ; le cinéma qui a la prétention de se placer au-delà du bien et du mal, le cinéma qui ne juge pas et qui ne se met pas au service du pouvoir et de l’argent, mais qui fait de son mieux afin de rendre une image réaliste de la société.
On m’accuse d’avoir voulu promouvoir l’esprit d’émeute et de révolte. Cependant, tout au long de ma carrière de cinéaste, j’ai toujours réclamé être un cinéaste social et non politique, avec des préoccupations sociales et non politiques. Je n’ai jamais voulu me placer en position de juge et de procureur ; je ne suis pas cinéaste pour juger mais pour faire voire ; je ne tiens pas à décider pour les autres ou leur prescrire quoi que ce soit. Permettez-moi de redire que ma prétention est de placer mon cinéma au-delà du Bien et du Mal. Ce genre d’engagement nous a souvent coûté, à mes collaborateurs et à moi-même. Nous avons été frappés par la censure, mais c’est une première que de condamner et d’emprisonner un cinéaste afin de l’empêcher de faire son film ; et il s’agit d’une première aussi que de rafler la maison dudit cinéaste et de menacer sa famille pendant son « séjour » en prison.
On m’accuse d’avoir participer aux manifestations. La présence des caméras était interdite durant ces démonstrations, mais on ne peut pas interdire aux cinéastes d’y participer. Ma responsabilité en tant que cinéaste est d’observer afin de pouvoir un jour en rendre compte.
On nous accuse d’avoir commencé le tournage sans avoir demandé l’autorisation du gouvernement. Dois-je vraiment préciser qu’il n’existe aucune loi promulguée par le parlement concernant ces autorisations. En fait, il n’existe que des circulaires interministérielles, qui changent au fur et à mesure que les vice-ministres changent.
On nous accuse d’avoir commencé le tournage sans avoir donné le scénario aux acteurs du film. Dans notre genre du cinéma, ou on travaille plutôt avec des acteurs non professionnels, c’est une manière de faire très courante pratiquée par presque tous mes collègues. Un chef d’accusation pareil me semble relevé plutôt du domaine de l’humour déplacé que du domaine juridique.
On m’accuse d’avoir signé des pétitions. J’ai en fait signé une pétition dans laquelle 37 de nos plus importants cinéastes déclaraient leur inquiétude quant à la situation du pays. Malheureusement, au lieu d’écouter ces artistes, on les accuse de traîtrise ; et pourtant, les signataires de cette pétition sont justement ceux qui ont toujours réagi en premier aux injustices dans le monde entier. Comment voulez-vous qu’ils restent indifférents à ce qui se passe dans leur propre pays ?
On m’accuse d’avoir organisé les manifestations autour du Festival de Montréal ; cette accusation n’est basée sur aucune logique puisque, en tant que directeur du jury, je n’étais à Montréal que depuis deux heures quand les manifestations ont commencé. Ne connaissant personne dans cette ville, comment aurais-je pu organiser un tel événement ? On ne tient pas à s’en souvenir peut-être, mais durant cette période, partout dans le monde où il se passait quelque chose, nos compatriotes se rassemblaient afin d’exprimer leurs demandes.
On m’accuse d’avoir participer aux interviews avec les médias de langue persane basés à l’étranger. Je sais qu’il n’existe aucune loi interdisant un tel acte.
Deuxième partie : Ce que je dis.
L’artiste incarne l’esprit d’observation et d’analyse d’une société à laquelle il appartient. Il observe, analyse et essaie de présenter le résultat sous la forme d’une œuvre d’art. Comment peut-on accuser et incriminer qui que se soit en raison de son esprit et de sa façon de voir les choses ? Rendre les artistes improductifs et stériles est synonyme de détruire toutes formes de pensée et de créativité. La perquisition effectuée chez moi et l’emprisonnement de mes collaborateurs et de moi-même, représentent le raid du pouvoir effectué contre tous les artistes du pays. Le message convié par cette série d’actions me paraît bien clair et bien triste : qui ne pense pas comme nous s’en repentira…
En fin de compte, j’aimerais aussi rappeler à la cour une autre ironie du sort me concernant : en fait, l’espace consacré à mes prix internationaux au musée du cinéma à Téhéran est plus grand que l’espace de ma cellule pénitentiaire.
Quoi qu’il en soit, moi Jafar Panahi, déclare solennellement que malgré les mauvais traitements que j’ai dernièrement reçus dans mon propre pays, je suis Iranien et que je veux vivre et travailler en Iran. J’aime mon pays et j’ai déjà payé le prix de cet amour. Toutefois, j’ai une autre déclaration à ajouter à la première : mes films étant mes preuves irréfutables, je déclare croire profondément au respect des droits d’autrui, à la différence, au respect mutuel et à la tolérance. La tolérance qui m’empêche de juger et de haïr. Je ne hais personne, même pas mes interrogateurs puisque je reconnais ma responsabilité envers les générations à venir.
L’Histoire avec un grand H est bien patiente ; les petites histoires passent devant elle sans se rendre compte de leur insignifiance. Pour ma part, je m’inquiète pour ces générations à venir. Notre pays est bien vulnérable et c’est seulement l’instauration de l’état de droit pour tous, sans aucune considération ethnique, religieuse ou politique, qui peut nous préserver du danger bien réel d’un futur proche chaotique et fatal. A mon avis, la Tolérance est la seule solution réaliste et honorable à ce danger imminent.
Mes respects, Monsieur le Juge,
Jafar Panahi, cinéaste iranien
Il est étonnant que les changements d’auteur soient si peu pratiqués par les critiques, alors qu’ils le sont régulièrement par les historiens lorsqu’ils se rendent compte d’une erreur d’attribution, et par les créateurs eux-mêmes lorsque, dans le souci d’améliorer leur image, ils prennent un pseudonyme ou falsifient des éléments de leur biographie.
Si ces changements méritent d’être généralisés, c’est qu’ils permettent de découvrir les œuvres sous un angle inhabituel. Attribuée à un nouvel auteur, l’œuvre demeure certes matériellement identique à elle-même, mais elle devient dans le même temps différente et prend des résonances inattendues qui enrichissent sa perception et stimulent la rêverie.
Fidèle aux leçons de Borges, qui suggérait de lire autrement Don Quichotte en l’attribuant par fiction à un écrivain du 20e siècle, je propose donc de multiplier ces changements d’auteur et de les faire jouer dans les champs esthétiques les plus divers, en supposant par exemple que Tolstoï est l’auteur d’Autant en emporte le vent, Schumann du Cri ou Hitchcock du Cuirassé Potemkine.
On mesure les conséquences positives que pourrait avoir l’extension de cette pratique dans l’enseignement, où, déjà familière aux élèves, elle permettrait de revisiter à moindre frais les grands classiques. Et dans la recherche scientifique, où, en conduisant à réfléchir sur le style de Balzac dans La Chartreuse de Parme ou sur les raisons pour lesquelles Nietzsche a écrit Les Frères Karamazov, elle contribuerait à ouvrir des voies nouvelles.
L"Etranger de Kafka, Le Cuirassé Potemkine d’Hitchcock… En changeant seulement le nom de l’auteur, l’œuvre devient autre. L’iconoclaste Pierre Bayard le démontre par a + b critique par Elisabeth Philippe (Les Inrockuptibles, 27 octobre 2010)
Cela donne des intitulés de chapitres aussi déconcertants que « L’Etranger de Franz Kafka », « Autant en emporte le vent de Léon Tolstoï » ou encore « L’Ethique de Sigmund Freud ». Tout le propos de cette démarche théorique décalée, qui évoque bien sûr la nouvelle « Pierre Ménard, auteur du Quichotte » de Borges, consiste à montrer que le nom de l’auteur, lesté de toutes les représentations et images qui s’y rattachent - car « tout nom d’auteur est un roman » –, biaise l’accès à un texte. L’« écran biographique » parasite la lecture, la fige dans une réception étriquée, dans la mesure où l’on projette sur l’œuvre ce qu’on sait ou croit savoir de son auteur. Conscients de cet écueil, certains écrivains se sont inventés des identités artificielles, et Pierre Bayard revient sur deux des exemples les plus célèbres : Romain Gary/Emile Ajar et Boris Vian/Vernon Sullivan.
Si on voulait jouer les pisse-froid, on pourrait rétorquer à Pierre Bayard que cette question du rapport œuvre/auteur a été réglée par Roland Barthes en 1968 lorsqu’il a proclamé « la mort de l’auteur ». Sauf que l’approche de Barthes, qui implique de ne considérer l’œuvre que pour elle-même, plus radicale que celle de Bayard, est aussi nettement moins ludique et peut-être, même, moins féconde.
Aussi gonflée et invraisemblable que paraisse la thèse de Pierre Bayard, elle s’avère extrêmement convaincante. Ainsi, par exemple, en inscrivant L’Etranger dans le corpus kafkaïen, Bayard met en relief la dimension de critique sociale et politique présente dans le roman « qui s’y trouvait certes, mais à bas bruit ». Changer le nom de l’auteur permet une nouvelle mise en perspective de l’œuvre, l’enrichit et en rénove la lecture en profondeur, si tant est que le lecteur, dont la créativité et l’imagination sont pleinement sollicitées, accepte de jouer le jeu. Il aurait tort de se priver de ce plaisir.
“Je ne pardonnerai jamais à Godard son antisémitisme. L’antisémitisme n’a porté bonheur à personne, ni au génial (et déjà godardien) Céline, ni au médiocre Autan-Lara. Je sais que maintenant vous ne pouvez que mépriser Godard sur le plan humain. “Sale Juif” est la seule insulte que je ne peux supporter, insulte qui me donne le goût de vengeance, un désir de meurtre. Si vous saviez ce que ces mots évoquent en moi, ce qu’ils font resurgir d’un passé encore si douloureux, vous viendrez m’embrasser. Votre ami Juif qui vous doit tant de son bonheur juif.”
JLG : "I don't understand what does it mean [the scandal]. Doesn't everyone has a right to be in a concentration camp? I mean from what I heard, why Vanessa can't be in a movie playing a ... why not? Because she supported PLO? [..] I don't understand. She's a good actress, a good girl. Maybe she'll understand better her support of PLO by playing her character. [..] Right or wrong. There is nothing like one image. An image is always the result of the shock of two images."
Cavett : But the woman she played wanted [Vanessa Redgrave] out of [the film cast]
JLG : "Let's ask the woman [Shoah survivor] to play it. If she is better than Vanessa... Or maybe let's ask the woman to make a test, to play an unknown Palestinian woman and maybe it will change her point of view then."
JLG : "This is the enemy. Not him the man, but the culture. [..] You even smile to them... I'm not even revolting. The way you have to shoot me is so disgusting, that it's no wonder that people after like LePen [far Right nationalist/racist party in France] say that concentration camps is only a detail. It comes from that way of looking at things. With TV, you can't even think of something different. With movie you can. And that's why there is this strange love/hate affair between TV and movie."
"Les Israélites vont vers la Terre promise, les Palestiniens vont vers la noyade. Le peuple juif rejoint la fiction, le peuple palestinien le documentaire."
JLG : "Même chez Hannah Arendt, elle critique beaucoup le côté 'ils n'ont rien fait [les victimes de la Shoah]', qu'ils se sont laissés emmener comme des moutons. [..] Je me suis mis à penser que c'est eux qui ont sauvé Israël. Il y a eu 6 millions de kamikazes. [..] Peut-être pas le dire comme ça, mais c'est eux qui ont permis que ça survive et qu'il fallait se sacrifier. [..] Isaac a été sauvé, il ne s'est pas sauvé lui-même. Alors que les 6 millions, ou moins ou plus, se sont sauvés eux-même en se sacrifiant; et disons, sauvés, ce qu'aucun peuple n'a fait. [..] C'était pas une démission. Et les films à faire dessus, ou les textes, ceux-là n'ont jamais été faits. [..] Et même quelqu'un d'aussi fin, et quand même assez intelligente, et résistante qu'Hannah Arendt, elle en parle pas bien de ça. Parce que elle justement s'est 'sauvée'. Elle a été poursuivi et elle s'est sauvée. [..] [les juifs d'Europe de l'Est] se sont laissés... [massacré] ils l'ont voulu un peu. Inconsciemment. Faudrait demander à Freud."
JLG : « Les attentats-suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un Etat palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël. »
JLG : "Les Israéliens sont arrivés sur un territoire qui est celui de leur fiction éternelle depuis les temps bibliques..." Jean Narboni lui fait remarquer que le mot "fiction" est choquant. "Alors, réplique-t-il, on dira que les Israéliens sont sur TF1, c’estla télé-réalité. Et les autres, dans un film de Frédéric Wiseman" [..] "Un catholique, je sais ce que c’est : il va à la messe, mais un juif, je ne sais pas ce que c’est ! Je ne comprends pas !"
"À plusieurs reprises, Jean-Luc Godard est revenu, ou reviendra encore, sur cette question: il se définit clairement comme pro-palestinien et antisioniste, ne cesse d’établir un lien entre l’extermination des Juifs dans les camps de la mort nazis, la fondation de l’État d’Israël, l’impossibilité de régler le conflit israélo-palestinien, et plus géné rale ment la guerre entre Juifs et Arabes. Comme si une malédiction historique pesait sur cette généalogie: Israël, né dans les camps nazis, se vengerait sur les Palestiniens de l’Holocauste, ce qui justifie tous les actes de résistance arabe, y compris le terrorisme, puisque, d’après Godard, Israël serait une forme paradoxale de résurgence historique du nazisme" [..] “Israël n’est plus considéré comme un pays victime, faible et persécuté, mais comme un État surarmé, protégé par les États-Unis et deux fois vainqueur. Dans un petit documentaire tourné en 1970 par la télévision allemande, Godard tient devant son visage un tract militant où figure la contraction “NazIsraël”, et lance au caméraman: “Tu nous fais un chèque de la télévision allemande qui est financée par les Sionistes et par ce connard de social-démocrate, Willy Brandt, et ça nous permettra d’acheter des armes pour les Palestiniens pour attaquer les Sionistes…”
"Si les Palestiniens et les Israéliens montaient un cirque et faisaient un numéro de trapèze ensemble, les choses seraient différentes au Moyen- Orient." ; "Comme on a pu dire “le régime iranien est un mauvais régime”, il faudrait dire “le régime suisse n’est pas bon”" ; En ce qui concerne la Suisse, je pense comme Kadhafi : la Suisse romande appartient à la France, la Suisse allemande à l’Allemagne, la Suisse italienne à l’Italie, et voilà, plus de Suisse !"
“Tous les matins, avec mes voisins on parle de nos animaux et pendant une demie-heure c’est la paix” (après avoir proposé de distribuer des chiens aux Israéliens et aux Palestiniens, afin de leur fournir un sujet de conversation apaisant)
JLG : "Quand on est plutôt pour les Palestiniens que pour les Israéliens, on est tout de suite un antisémite. Or, de nombreux peuples de la Méditerranée sont sémites: les Syriens, les Nabatéens. Antisémite signifie aussi antipalestinien. Mais à cause de ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, à cause de l’Holocauste, il y a des gens en Israël qui ont ce mot pour tout capital. Je ne trouve pas ça bien."
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| Roman circus crowd thumbing down the life of a gladiator = instant death penalty (2000 years ago) [painting : Pollice Verso (1872) by Jean-Léon Gérôme : exposition au musée d'Orsay] |
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| Le Pouce de César Baldaccini (1965) |
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| Gene Siskel & Roger Ebert's Two Thumbs Up® registered trademark phrase (since 1982?) |
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| Facebook brain-less criticism : mouse-click your way through culture (since 2006) |
| STUDIO SYSTEM (formated asceptisation) | Independent Auteurs (artistic freedom) |
|---|---|
| Protectionism (nationalist isolationism) | Transnational coproductions |
| Greed (profit-driven investments) | Patron of the Arts (unbinding funding) |
| Mercantilisation (repeating past profitable recipes) | Risk-taking innovations |
| Remakes (appropriation/exploitation of foreign culture) | Original versions (respect of foreign culture) |
| Contractual obligations (plot serves acting line up) | Impulse casting (actors serve the story) |
| Star System (bankable actors) | New faces, non-actors |
| Genres (standard blueprints) | Freestyle, improvisation, experiments, hybridation, essays |
| Screenwriters guild | Merit-based natural selection |
| Industrial Unions (corporatist interests dictating working conditions) | Film crew determined by mutual admiration |
| Panels / Screen tests / Focus groups (marketing tuning) | Director's final cut (auteur's creative control) |
| Fake screen reality (Product placement / Smoking ban / Brandless products / phony telephone numbers) | Screen reflecting everyone's dailylife (without advertising for a particular product) |
| PETA (patronizing animal rights) | Reason, common sense, personal ethics |
| Academism (professional routine, film school formatisation, tried and true recipes) | Experimental researches, multi-disciplinary education |
| Post-prod sound (self-dubbing actors, fake ambient soundscape, stock sounds) | Direct sound (contextualized voices, real environment, realistic and flawed soundscape) |
| MPAA (imposed hypocritical morality) | Freedom of art, confronting taboos, pushing cultural boundaries |
| Oscars (fraudulent consensus, national-centric industry) | Major Festivals (world class emulation) |
"Octobre" de Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein analysé par Valérie Pozner, chargée de recherches au CNRS, historienne du cinéma, spécialiste de l’histoire du cinéma russe et soviétique.
Valérie Pozner évoque le prodigieux film expérimental qu’est Octobre d’Eisenstein, “témoignage peut-être inexact, mais plus vrai que l’Histoire” (Jean de Baroncelli, Le Monde), symphonie visuelle très en avance sur son temps, mais aussi un des sommets de l’abstraction cinématographique. Elle replace le film dans son contexte historique et dans la carrière du cinéaste.
Libé : Quelle part y occupe l’industrie ?Lire aussi:
Alain Badiou : Dans un article célèbre, André Malraux concluait par une phrase : « Par ailleurs, le cinéma est une industrie. » C’est la clé de son impureté : le cinéma est étayé à tous les étages — production, diffusion, publicité — par des capitaux colossaux et gloutons. La dimension artistique naît du mouvement par lequel le cinéma tente et parvient à dominer cette impureté constitutive. Mais cette domination est toujours partielle et, fût-ce dans un chef-d’œuvre, il y aura des traces des circonstances, des capitaux, de la technique. Il suffit de s’arrêter sur une image pour trouver des zones non contrôlées : un élément de décor, une couleur, une intonation. Car les paramètres sont trop nombreux pour être tous maîtrisés. Même chez les théoriciens de l’épuration, comme Bresson, des choses échappent à l’artiste. Il y a ce qu’on veut montrer et ce qu’on montre, la part de la forme artistique et la part de ce qui, dans le monde, résiste à la représentation, de ce qui est là par hasard.
Lorsque les tournages sont passés du studio au plein air, ce fut une libération, car la reconstitution en studio est forcément stéréotypée ; mais aussi un risque, car le studio permet un meilleur contrôle de l’image. En plein air, la place du hasard est plus grande et il faut faire confiance à l’œil, à sa capacité à capter le moment passager. C’est pourquoi, quand la combinaison de la forme et du réel est réussie, cette réussite prend la forme de la grâce : c’est la visitation de l’Idée (au sens platonicien) dans un monde impur. Le cinéma est un art de la visitation.
Libé : Peut-on dire qu’Hollywood produit encore des chefs-d’œuvre ?
Alain Badiou : À l’intérieur des limites propres aux différents genres hollywoodiens, il peut parfaitement y avoir des réussites. Néanmoins, il est probable que la veine des œuvres importantes soit en voie d’épuisement. Voyez les deux King Kong : par rapport au premier, tourné en 1933 et très artisanal, le second, celui de 1976, est beaucoup plus une « grosse machine ». Or, le premier est le meilleur. Pourquoi ? Parce que l’amélioration des moyens techniques, censée résoudre des difficultés, ne cesse en réalité de créer de nouveaux problèmes artistiques. Le parlant a entraîné un bavardage souvent pénible (aujourd’hui encore, Godard continue de travailler sur l’équilibre son-image). La couleur a donné des réussites — je pense à certaines séquences de Vincente Minelli —, mais, en général, on a l’impression qu’elle échappe au travail artistique, qu’on prend la couleur qui se trouvait là. Quand au virtuel, gigantesque agrandissement du visible, qu’en restera-t-il une fois passé l’effet de stupéfaction ?
Le cinéma hollywoodien est entré dans une phase néoclassique, repérable dans ses bandes-son (basses crépusculaires, grognements abyssaux), dans ses mouvements de caméras empruntés à l’esthétique du clip (bougés, ralentis, mouvements ascensionnels…), dans son idéologie millénariste, mettant en scène un pouvoir étatique et militaire menacé d’effondrement, et un sauveur qui, dans les plus mauvais films, est le président des Etats-Unis lui-même !
Toujours plus grand, plus fort : on dirait le gigantisme d’une espèce qui va disparaître. Il ne faut pas oublier que, dans la seconde partie du XIXe siècle, au moment même où le style pompier marquait l’apogée des techniques picturales de figuration, la peinture allait choisir une toute autre direction.
"Hello, I'm Apichatpong Weerasethakul"
Aller de l'avant vers l'inconnu (5 Oct 2010; Michel Reilhac) 30' from ARTE FRANCE on Vimeo.

"Le nationalisme américain est la forme supérieur de l'internationalisme libéral!"
"Les dirigeants américains se donnèrent pour but, vers 1923, de 'décapiter' littéralement l'industrie cinématographique européenne devenue dangereuse. La nouvelle offensive visait principalement le cinéma allemand, français et suédois."(in Hollywood Story, 1968, p. 103)
"En 1925, les films made in USA occupent 95% du temps de projection en Angleterre, 70% en France et 68% en Italie. Les colonies britanniques et françaises sont, elles aussi, largement servies."
(in "Les cinémas nationaux contre Hollywood", Sept 2004)
"On n'a pas assez remarqué qu'elle [l'arrivée du parlant] marque aussi la récession des cinématographies nationales au sens des 'grandes écoles' du muet (suédoise, italienne, française, allemande...). Non seulement nombre de leurs cinéastes les plus importants sont attirés par Hollywood depuis les dernières années du muet (voir plus haut), mais avec le parlant il semble que les traits spécifiques de chaque pays soient pris en charge essentiellement par les langues nationales, l'écriture des films, elle, s'alignant sur les normes commerciales et formelle de Hollywood."
"Après la Seconde Guerre Mondiale, il y avait à Hollywood des milliers de films qui n'avaient pas été projetés en Europe à cause de la guerre. Au début de 1946, ils y furent expédiés en grand nombre. Entre 1946 et 1949, plus de 2600 films américains furent envoyés en Italie. Même un petit marché comme les Pays-Bas en reçut plus de 1300 à la même période. En 1949 et 1950, l'Angleterre reçut près de 800 films américains."in The International Film Industry, 1969
"Toute discussion fut impossible. Nos amis américains [..] ont admis que nous conservions 30% de notre exploitations nationale, alors que l'Italie n'a obtenu que 17%. Et je vous avoue que s'il avait fallu, dans l'intérêt supérieur de la France, sacrifier la corporation cinématographique française, je l'aurais fait bien volontiers."(cité par Georges Sadoul, in Le cinéma français, 1972)
"La MPEAA constitue pour Hollywood "l'arme absolue". Cette honorable institution est d'autant plus nécessaire pour le cinéma américain qu'il tire actuellement 50% de ses recettes de ses marchés extérieurs. Un film américain seulement sur 10 est amorti aux Etats-Unis ! Ce sont 4 pays ouest-européens (Angleterre, Italie, Allemagne fédérale et France) qui fournissent la 1/2 des recettes extérieures : en clair 'nous' finançons le cinéma hollywoodien à 25%. Entre 1951 et 1965, le cinéma américain a encaissé en Europe la coquette somme de 1,9 milliard de dollars. Aucun secteur de l'économie des Etats-Unis ne dépend autant de l'extérieur que le cinéma. Il est à noter qu'avec 1,175 milliard de spectateurs par an, le marché européen est semblable au marché américain (mais l'Europe produit 2 fois plus de films que les Etats-Unis). Au temps de l'Europe des 6, la MPEAA y prélevait par la distribution de ses films le 1/3 des recettes globales.Alors que les Américains nous imposent la consommation massive de leurs films, ils se refusent à faciliter la diffusion des nôtres chez eux. Par exemple, en 1956 les films américains ont rapporté plus de $15 millions sur le marché français. Mais nous n'avons retiré que $2 millions environ de la distribution de nos films aux USA."(in "Les cinémas nationaux contre Hollywood", Sept 2004)
"In 1951 the MPEA agreed to pay 12.5% of all American film earning in Italy to an organisation called Italian Film Exports [IFE], established to promote and distribute Italian films in the US. By the end of 1952, IFE Releasing Corporation had also been established. American exhibitors complained that IFE was acquiring the good Italian films for the U.S. market on terms that the independent distributors could not meet. In 1953 the subsidy to IFE from American film companies was reduced to 10% and in 1954, as the American exhibitors brought their complaint before the Federal Trade Commission, it was stopped altogether. Eric Johnston, president of the MPAA, estimated that IFE received between $4 million and $4.5 million from American film companies. [..]When foreign films did appear in America, they tended to be shown in 'art' theaters, where they attracted a specialized audience. It is not clear how profitable foreign films shown in the US in the early 1950s were. Variety reported in 1956 that 'foreign grosses in the US have never been published until now,' and estimated the total foreign film box office receipts of 1956 at only $10,132,000, with French and Italian totals in 1956 just over $2 million each. Cobbet Steinberg estimates that American box office receipts in 1956 were $1,394,000,000. The American public was not casting its box office ballots for foreign movies in any appreciable amount in the early 1950s."(in Controlling Hollywood. Censorship and Regulation in the Studios Era, 1999, Matthew Bernstein)
"Les professionnels du cinéma italien s'engageaient à prendre toutes les mesures nécessaires avec les autorités compétentes du gouvernement italien pour garantir qu'il n'y aurait aucune modification dans la legislation du film italien qui, directement ou indirectement, affecterait défavorablement les activités des sociétés membres de la MPEAA opérant en Italie."
"Thomas Guback expose longuement dans [The International Film Industry, 1969] comment les tentatives anglaises, italiennes et française pour constituer aux USA l'équivalent de la MPEAA [Motion Pictures Export Association of America, aka MPA] ont essuyé des échec cuisants. Un dirigeant de ce cartel reconnaissait dans Variety (10 Oct 1956) que sa politique visait à l'établissement généralisé d'un marché libre sous réserve qu'il fût dominé par le monopole de la MPEAA. On ne saurait être plus clair ! L'Italian Film Export (IFE) dut plier bagage."(in "Les cinémas nationaux contre Hollywood", Sept 2004)
"Nos films occupent 60% du temps de projection dans les pays étrangers. Si l'un de ces pays veut nous imposer des restrictions, je vais voir le ministre des Finances et je lui fais constater, sans le menacer, très simplement que nos films maintiennent ouvertes plus de la moitié des salles. Cela fournit de l'emploi et par conséquent un soutient appréciable pour l'économie du pays concerné, quel qu'il soit. Je rappelle aussi à ce ministre des Finances le poids de la taxe sur le chiffre d'affaires que ces salles représentent. Si le ministre refuse d'entendre ces arguments, je puis encore user d'autres moyens appropriés. [boycottage du marché délictueux en films américains]Mais si deux ou trois compagnies américaines ne jouent pas le jeu, si elles acceptent les restrictions imposées par un gouvernement étranger, mes arguments vis-à-vis du ministère perdent leur poids. Il est indispensable que nous formions un front uni. La MPEAA perdrait cent millions de dollars chaque année si elle se divisait."(in The International Film Industry, 1969, Thomas H. Guback)
"Il y a plusieurs années, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec un représentant d'une société américaine dans un pays d'Europe occidentale. Il m'a confié que les sociétés américaines contrôlaient réellement l'association locale des distributeurs et qu'elles prenaient des décisions relatives à la politique de cette association. Bien que sept sociétés américaines seulement en fussent membres (contre trente ou quarante sociétés locales), ce sont elles qui contrôlaient l'association car elles participaient pour la plus grande part aux frais de fonctionnement. D'autre part, jouissant d'un droit de vote égal à celui de n'importe quelle société locale, elles pouvaient user d'un droit de veto quand certaines recommendations exigeaient l'unanimité. Enfin, elles connaissaient à tout moment la stratégie des dirigeants de l'industrie locale et pouvaient empêcher la réalisation des programmes qui eussent mis en danger les intérêts américains."(in Cinéthique n°6, 1970)
"Le cinéma US suit la diplomatie du dollar comme les missionnaires d'autrefois suivaient les conquérants."
"C'est à un instrument opérationnel conçu à l'échelle du monde entier [MPA] que le cinéma américain doit sa force et non pas, comme on pourrait le penser, à la seule puissance industrielle de Hollywood."